Le Blog-notes de Christophe COUNIL

2009 : annus horibilis pour le PS

Petit-Poing-et-la-rose-a-l-envers.jpgLa fin de l'année est souvent propice à la diffusion de bétisiers ou de bilans.  C'est un peu des deux que je vous propose dans cet article de Jean-Michel NORMAND, journaliste au Monde chargé notamment de suivre l'actualité du Parti socialiste.

 

Ce qu'il y décrit est malheureusement la stricte vérité  Vivement 2010 afin de tourner la page et s'engager réellement dans la rénovation du PS et de ses pratiques. Le début de l'année est généralement celui des bonnes résolutions ... Alors autant espérer !!!


Pour les plus intéressés, je vous recommande la lecture régulière de son blog : puzzle socialiste.

 

Bonne lecture.


 


 

Une année s’achève que l’on ne regrettera pas. La crise qui infuse, le chômage qui explose, la grippe A qui rôde, les relents suspects du débat sur l’identité nationale, la qualification indigne des Bleus face à l’Irlande… Pour les socialistes, 2009 fut carrément une annus horibilis. Ils ont collectionné les passages à vide, presque égalé leur plus mauvais score électoral et fait preuve d’une incroyable capacité à détourner à leur détriment les polémiques qui auraient du faire du tort à la droite.

 

Rétrospective des dix évènements qui ont fait de 2009 une année proprement exécrable pour les socialistes.


- La démission d’André Vallini, premier accroc.

Ca commence bien. Le 12 janvier, quelques semaines après avoir été nommé secrétaire national à la Justice, le député André Vallini – spécialiste reconnu des questions judiciaires – quitte la direction du PS. Les « motifs personnels » invoqués concernent ses relations avec la première secrétaire qu’il juge trop autoritaire.

 

 - Le frisquet printemps des libertés.

Le 22 mars devait être un grand moment de mobilisation en faveur des libertés. Un Livre noir est publié et rendez-vous est donné au Zenith de Paris pour un « rassemblement » qui tourne au cauchemar. Pas plus de 1 500 participants sont présents au plus fort – si l’on ose dire – de la journée, dans un lieu qui peut en accueillir 4 000. Ratage organisationnel mais aussi politique : aucune d’orientation claire sur la question des flux migratoires et critique en règle de la télésurveillance…que pratiquent nombre de municipalités socialistes.

 

- La fâcherie Hadopi.

Partis avec ardeur, et non sans enregistrer quelques succès, à l’assaut de la loi Hadopi contre le téléchargement, les parlementaires socialistes n’avaient pas prévu qu’ils devraient subir l’ire d’une brochette – pas de première jeunesse mais emblématique – de l’intelligentsia de gauche. « Quand vous redeviendrez de gauche, vous saurez où nous trouver » balance ce beau monde à l’adresse du PS. Morale de l’histoire : il ne suffit pas de  croiser les artistes « amis » lors des grands rendez-vous culturels organisés par les collectivités locales de gauche pour croire que l’on parle politique avec eux. 

 

- Les simagrées de Rezé.

 Sentant que le scrutin de juin lui échappe, la direction du PS souhaite enterrer la hache de guerre avec Ségolène Royal. Le 27 mai, le meeting de Rezé, près de Nantes, est l’occasion de sceller la réconciliation entre Martine et Ségolène. La mise en scène en fait des tonnes : arrivée bras-dessus, bras-dessous, échange de cadeaux à la tribune, compliments réciproques, discours de Martine Aubry sur la « sororité »… Personne n’y croit et la cote de popularité des deux femmes en subira vite les conséquences.

 

- La Bérézina des Européennes.

Le 7 juin, c’est la cata. Les listes socialistes ne recueillent que 16,4% des voix et sont talonnées (16,2%) par Europe Ecologie. On n’est pas loin du plancher historique (14%) atteint par Michel Rocard en 1994. Emporté, comme ses partis-frères, par la crise de la social-démocratie européenne le PS français l’a aggravé en menant une campagne particulièrement médiocre. Martine Aubry est épargnée pour une excellente raison : personne ne veut sa place.

 

- Martine Aubry et l’effet boomerang.

Le 14 juillet, Martine Aubry est en pétard. Elle adresse à Manuel Valls une missive vengeresse l’enjoignant de se taire – le député de l’Essonne n’a, lors des semaines précédentes, comme d’habitude pas mâché ses mots pour réclamer des primaires ouvertes – ou de quitter le parti. Les quadras, unanimes pour une fois, et plusieurs autres dirigeants soutiennent le trublion et dénoncent le « caporalisme » de la première secrétaire.

 

- Retour de lance-flamme.

Quelques pages dans un ouvrage rappelant, sans apporter d’éléments réellement nouveaux, les accusations de « triche » lors de l’élection de Martine Aubry contre Ségolène Royal en novembre 2008 auront suffi à remettre le feu aux poudres socialistes. Pendant plusieurs semaines, Ségolène Royal fait mine de découvrir ce qu’elle connaissait pourtant et évoque une action en justice. Et c’est reparti: les socialistes s’entredéchirent pendant plusieurs semaines.

 

- Les dégâts collatéraux de « l’affaire ».

« L’affaire » Frédéric Mitterrand provoque des remous dans la majorité. Mais c’est sans compter avec le PS qui, sans tarder, vole la vedette à la droite avec une polémique comme lui seul sait en inventer. Le 9 octobre, les déclarations du porte-parole Benoît Hamon dénonçant les écrits d’un « ministre-consommateur » et jugeant « choquant », dans la foulée du FN, « qu’un homme puisse justifier, à l’abri d’un récit littéraire, le tourisme sexuel », déclenchent une nouvelle tempête. Harlem Désir critique « une offensive populiste ». Ambiance, ambiance… Mais on n’a encore rien vu.

 

-La prise (de tête) de Dijon.

Faute de s’être intéressée à un courant beaucoup plus composite qu’elle ne le pensait, Ségolène Royal n’a pas saisi que Vincent Peillon et ses amis avaient pris le pouvoir. Son réveil est brutal. Le 14 novembre, elle s’invite à Dijon où se tient une réunion organisée par ledit Peillon et ses invités MoDem, écologistes et ex-PCF du Rassemblement social, écologiste et démocrate. On sait ce qu’il advint ; cinq jours d’échange d’amabilités en public entre Ségolène Royal et son ex-lieutenant. Un Vaudeville où il fut question de « psychiatrie lourde » et (encore) de menaces de procès. Ségolène Royal réalisera un autre coup d’éclat en décembre en proposant, alors que le MoDem est en congrès, une offre publique d’alliance aux centristes de sa région Poitou-Charentes.

 

- Bis-repetita.

Et l’année se termine comme elle a commencé : par une démission du secrétariat national. Membre de cette instance au titre de vice-présidente du Laboratoire des idées, Lucile Schmid annonce son départ le 20 décembre, déçue par le (non) fonctionnement du « Lab » et l’absence de lien entre activité intellectuelle et décisions politiques.



Certes, nous avons scandaleusement ignoré les bons résultats du PS aux élections partielles, volontairement passé sous silence les victoires symboliques mais méritoires des parlementaires socialistes, ignominieusement snobé les prouesses sondagières de DSK, sciemment négligé la soudaine transformation, en août à La Rochelle, de Martine « La France qu’on aime » Aubry en égérie de la rénovation, adepte du non-cumul des mandats et convertie aux primaires. Certes, il y eut  quelques bonnes séquences socialistes et nous en avons rendu compte. De là à prétendre que 2009 restera dans les caves de Solferino comme un millésime d’exception ou même un cru moyen, il y a un abime que nous ne saurions franchir.

 

Et 2010 ? Pour le PS, le plus rassurant, c’est qu’il sera difficile de faire pire.

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